Jour 1348
Je trouve ça fou à quel point, lorsqu’on a une blessure spécifique, on vit des expériences reliées et en les interprètes à travers ce prisme…
Hier, j’ai dîné avec lui.
On était tout guilleret, en joie de se faire un apéro, de papoter et de se caler.
Il me parle de sa longue méditation de la veille, et on écoute une chanson chamanique qu’on a aimé de sa playlist.
J’ai les yeux fermés, je goûte le son et il me dit « tu veux qu’on se fasse une petite session ? »
On fonce sur le canapé.
Lumière éteinte, plaide sur la tête, chacun de son côté, on s’immerge.
Je lance une respiration de breathwork comme je le voulais le matin même.
Une chaleur et une pression énorme monte à la tête.
J’ai plutôt besoin de m’allonger, je sens que mon corps veut se détendre.
Je ne sais pas comment il se sent, s’il arrive à partir, si on va partir ensemble, mais je commence à sentir mon corps, des effets, des sensations.
J’apprends à ne plus être dans l’autre et à être en moi alors je me focalise sur mon intérieur.
À ce moment, une info me vient : « il est là en support ».
Comme lors des activations avec Isis, ma main gauche commence à tressauter, à tournoyer, et se met à taper sur mon plexus solaire rapidement, et avec intensité.
J’ai plusieurs choses qui me traversent.
Du kif, du soulagement, du plaisir.
Je commence même à rire, car je me connecte à la sensation que notre vie est faite pour reconnecter à notre profondeur.
Je ressens le jeu, ça me fait rire de me dire qu’on joue aux apprentis sorciers, et je crois que je suis surtout en joie de me sentir partir en transe à la maison.
Je suis heureuse de voir qu’on peut faire ça par nous-mêmes.
Que fait-il ? Que ressent-il ?
Parfois j’entends un souffle derrière moi.
Je ne sais pas comment il va.
Peut-être que je vais le gêner, mais si il sort de sa transe et qu’il veut se balader, j’aurai le signal qu’il est temps d’en sortir moi aussi.
Peut-être que je vais le gêner si je ris trop, et si les larmes arrivent.
Je me détends et penses à moi
Je sens des chants arriver dans ma gorge, mais qui ne sont pas encore à la porte de mes cordes vocales. C’est sourd, profond.
Puis viennent des sensations de plaisir corporel.
Tout mon cœur bouge et mes mains se posent sur mon visage. J’explose un « putaiiiiiin » qui traîne en longueur d’extase.
Mes mains massent mon visage dans des soupirs de plaisir.
C’est incroyable ce que je ressens !
Une bombe de chaleur et de sensations..
Le contact si intense !
C’est beaucoup trop fort, mon corps est électrique, je jouis de la peau !
Quel bonheur !
Puis je l’entends rire, et me demander si ça va.
Il fait bien d’intervenir maintenant, parce que sinon je crois que j’expérimenterai un orgasme énergétique ou je-ne-sais-quoi ! Mais putain oui ça, j’en veux ! Mettez-moi en deux s’il vous plaît ! Et un à emporter !
Je lui demande si je l’ai coupé dans son voyage. Oui, il n’a pas réussi à partir.
« J’avais une boule d’énergie à côté de moi, mais t’inquiètes profite, c’est à moi de gérer mon truc, c’est une expérience intéressante. »
On débriefe pendant que mon corps tressaute encore et que je tente de me ramener au calme.
Il voulait partir, mais il s’est senti tiré par les pieds pour rester ici. Il a ressenti un grand coup de poignard dans le cœur, et tellement de peine.
« Mais c’était pas à moi ».
Dans quelle mesure a-t-il connecté avec mes émotions à moi ?
« je ressens la peine qu’on a quand on apprend une rupture. »
Ben tiens mon petit ! Sûrement mon état de PLS depuis nos galipettes de l’autre soir et l’ensemble de ce qui remonte chez moi.
Son corps pleure, mais pas lui.
Il baille énormément.
Il me raconte qu’il était frustré de ne pas partir, que c’était comme si on lui disait de rester là.
il ne pouvait pas contrôler ce qu’il ressentait, il n’arrivait plus à respirer, il devait penser consciemment à essayer, mécaniquement de respirer pour faire face à l’assaut qu’il ressentait.
« Mais tout ça, j’en veux pas ! J’aime pas ça ! »
Il a le nez froncé, les épaules rentrées , les bras crispés.
Il veut évacuer.
Il tente de se secouer, comme s’il éjectait quelque chose. Comme un animal qui s’ébroue pour se débarrasser de la saleté.
Ça me glace…
Ça me fait mal…
Et je me rends compte là que mes lunettes de blessures sont posées sur mes yeux, car tout ce qui me vient, c’est :
« Encore une fois toi t’es partie et pas lui.
Et dans toute ta vulnérabilité, tu as laissé ton corps et ton être s’exprimer, connecter à recevoir, vivre, kiffer…
Et quand on connecte à l’intérieur de toi, quand on va voir ce qu’il y a derrière la carapace, ce n’est pas si aimable que ça ! »
« waouh c’est pas joli là-dedans» me dit-il
Ça me rappelle mercredi soir, quand il est venu à la maison et que j’étais pas vraiment de bonne humeur. Que c’était caca en moi. J’arrivais pas à accepter de vivre cette humeur en lui imposant ça.
Et je l’ai remercié de m’aimer et d’être OK avec ma compagnie, même ainsi.
Je me suis rendu compte que je tiens à ce que les gens se sentent bien en ma présence, parce que je m’interdis de ne pas être aimable.
Je m’interdis donc d’être aimé même ainsi.
Il a vu ça de moi et il n’est pas parti.
Tous mes proches sont là pour moi et m’aiment, même si des fois c’est caca.
C’est fou de m’apercevoir de la crainte que je ressens, de l’inconfort de ne pas être géniale.
Tiens, c’est le truc de Nico ça…
Finalement, on n’y revient.
En fait, je me sens mal que mes pensées, émotions, énergies, puissent être inconfortables ou désagréables pour l’autre.
Il décharge à la terre.
Je crois qu’on ne se rend pas compte de ce qu’il vient de se passer.
Tout ce qu’il me dit avoir ressenti me correspond.
Je crois qu’il n’a pas voyagé comme il le voulait parce qu’il a été un canal pour moi moi. Un catalyseur aussi.
Je crois qu’il m’a fait un soin. Une « Isis », comme je lui ai dit en rigolant.
Il est perturbé. Il prend en pleine poire.
Ça se fait naturellement, instinctivement, sa canalisation et son nettoyage.
Pour l’heure, on est sonnés, et c’est maladroit, parce qu’on découvre ensemble et qu’on explore sans guide.
Ça me fait penser aux premières fois…
Voilà, moi qui voulais revivre des dépucelages, avec un partenaire de confiance et avec amour, comme je ne l’ai pas vécu dans ma sexualité, eh bien là ça y ressemble.
Quand il aura l’habitude, il saura accueillir et rendre, ressortir, sans forcément montrer à l’autre à quel point ses émotions sont détestables.
Pour l’heure, je suis figée face à ça.
Le désamour de moi a pris le micro et clame en orateur, à toute la foule de mon être naïf et soumis :
« Voyez ! voyez comme, si vous laissez quelqu’un entrer en vous, en votre cœur et en vos chaires, il goûtera le dégoût ! Voyez, comme on veut se débarrasser de ce qu’il y a vraiment au fond de vous ! »
Sans le savoir, il lui coupe la parole pour me demander « Mais tu es en colère ? Je ressens de la colère ! Et t’es mal dans ton corps aussi ? »
J’acquiesce en larmes : « paraît que c’est même pour ça que je m’en dissocie…»
Il me dit que c’est bizarre.
Et sans le savoir, il m’offre une imitation magistrale de mes comportements lors de cette émotion.
Si Nicolas voyait ça ! Il me reconnaîtrait, il validerait !
« Putain tu caches bien ton jeu, toi ! »
Ah si tu savais…
Cindy m’a dit mercredi que j’allais m’harmoniser.
Parce qu’il y a un mensonge entre l’intérieur et l’extérieur.
Claudine a aussi parlé de changer de look même, et d’image de moi.
Bah ouais ! voilà ma zone d’ombre alors ?
Marlène, la pétillante, la rayonnante, a en elle un vieux colonel qui lui dit qu’elle ne mérite pas d’amour des hommes, parce que si on voit trop profondément en elle, on a envie de fuir.
« Pourtant t’es une belle femme » continue t’il.
Merci…
Oui, dehors, peut-être…
Qu’ai-je vécu pour croire ainsi que je ne peux être aimée en entier ?
Qu’ai-je à déterrer pour être en paix ?
Il me dit qu’il est content.
Que c’est une expérience qui me permet de relâcher la pression et qu’il voudrait bien refaire, en se préparant juste à savoir qu’il ne voyagera peut-être pas, et qu’il sera peut-être juste là pour ça…
Quoi? !
Alors le colonel dit des conneries ?
qu’il vienne me voir alors que je vais mal, qu’il fasse l’amour avec moi, ou qu’il canalise mes énergies, même si ce n’est pas parfait, même si c’est pas le paradis, il a quand même envie de réitérer ?!
Il m’estime toujours, m’aime toujours, me sourit encore et me rappelle ?
Putain de sa mère…
Replaçons les choses: C’est mon ex,
on ne va pas se marier et revivre une histoire de couple, mais on est devenus si proche que les situations qu’on vit viennent rejouer sur mes cordes sensibles.
Et on dirait bien que je guéris.
Quand je lis ces lignes, l’anxieuse que j’étais aurait lancé toutes les alertes et mis en place tous les stratagèmes pour m’assurer de ne pas être rejetée.
Alors que là, par petit bout, je découvre et laisse transparaître ce qu’il y a au fond de moi et qui est noir, et c’est OK ?
Putain, quel drama Queen.
Qu’est-ce qu’il y a de noir en moi ?
Quel monstre est abrité et ferait fuir en courant tous les hommes du village ?
C’est quoi cette histoire que raconte le colonel. Ça vient d’où ces conneries ? !
Et comment ça se fait que j’y crois ?
