Jour 709
Je pense que j’ai passé un cap dans l’authenticité avec le contenu de ses carnets. Rarement je n’ai développé une telle capacité à écouter, prendre en considération ma petite voix intérieure, accueillir ce qu’on pense secrètement sans oser l’assumer, le regarder en face ! Faire le travail nommé et le compléter avec le fait de le retranscrire, dans son honnêteté la plus proche possible de ce qui se passe en moi, en fait un outil extrêmement puissant dans ma quête de compréhension et d’apprentissage sur l’humain !
Passant avant tout par moi, mais expérimentant les miroirs et les résonances.
Je m’apprête à restituer mon weekend à Nice chez Enzo.
Je ne sais pas si mon corps et le temps ainsi que la densité des choses me permettront de tout délivrer…Nous verrons bien !
Cette transparence, je crois que c’est d’une rareté folle. Elle est au détriment de l’intimité des personnes dont je parle et de la mienne. Le tabou des pensées de toute nature… Celles-là même qu’on n’ose pas écouter, je vais jusqu’à les partager, jusqu’à les immortaliser, les rendant non seulement réelles, mais aussi publiques !
J’ai fait tourné le dictaphone quelquefois ce week-end. Nous avons donc un beau support de vie pour ce récit ! Pour l’heure, il me sert à me reconnecter au moment qu’on a vécu (à fantasmer aussi bien sûr) mais je pense que je l’ajouterai à une version audio de ces carnets intimes.
Samedi matin, Lydia s’en va après deux jours à la maison. Ça y est, c’est réel, je me prépare pour le rejoindre ! Traversée par un léger trac, je suis impatiente de le retrouver et en même temps, l’incertitude fait son œuvre !
Je vais passer ma première nuit à ses côtés…
Une part de moi sait que ce ne sera pas la seule. Au vu de notre rencontre, de nos premiers contacts charnels et de nos premiers échanges d’énergie, il est difficile de croire que ça va mal se passer. Mais on ne sait jamais ce qu’on va trouver…
Lors de nos discussions, il m’a dit qu’il se sentait à l’aise à mes côtés, qu’il savait qu’il pourrait être comme il est, sans être jugé. Qu’il pourrait bien jouir à sa façon, faire les bruits ou les têtes qu’il veut… Huuum, de quoi parle-t-il ?
«Parfois, je me sens tellement connecté à mes sensations, que je pars. Les filles m’ont déjà dit «mais pourquoi tu fais cette tête-là ?!» ça peut être tellement fort, je peux être si sensible, que mes yeux peuvent se révulser. Avec toi, je sens que je ne serai pas jugé si je me lâche»
Ok, alors soit… Effectivement, nombre de nous vivons nos rapports dans le contrôle de notre paraître. D’autant plus avec ses nombreuses possibilités de voir, consommer ou même produire des images intimes et porno. Moi-même, je sais que j’ai du mal à jouir sans me cacher le visage lorsqu’un homme a la tête entre mes jambes…
Karl me racontait qu’il avait été tellement perturbé d’un film où l’homme fut ridiculisé pendant son orgasme, qu’il a passé la première partie de sa sexualité à jouir sans aucune réaction. Aucun bruit, aucun souffle, aucun indice sur son visage… à tel point que c’est une fille qui lui a débloqué cela en lui disant que c’était gênant pour elle de ne pas savoir ni de profiter de quand il jouit.
Après tout, le sexe n’est-il pas fait pour échanger du plaisir ensemble ? Et si l’on cache, si l’on a honte, comment vivre l’instant ?! Les meilleurs moments sont ceux où notre partenaire exprime son plaisir, communique sur ses ressentis… brider cela, c’est brider la puissance de la jouissance…
Alors parfait, on va pouvoir faire tomber les masques ! Mais, tout comme j’ai déjà pu le vivre, cette vérité la plus à nue me conviendra-t-elle ou me généra-t-elle ?!
C’est un critère de correspondance ça aussi, on ne va pas se mentir ! Si l’autre fait des choses tellement bizarres que ça nous coupe, on n’ira pas loin il faut se l’avouer !
Cette pensée est quelque part en moi et compose une bonne partie de mon trac : depuis 2 ans, depuis Isaac, je n’ai pas croisé une personne qui me plaît sous autant d’aspect que lui.
Chaque relation que j’entame m’offre des choses différentes mais me rapproche de ce que je veux vivre.
Ce soir, je saurai si la «prochaine case» est cochée ou si je fais un nouveau retour à la case départ.
(et c’est OK ! Je ne suis plus dans la même réaction qu’avec Jim, lors de mes derniers dates, à rentrer en pleurant et en pensant que je suis cassée. Non ! Ce sera une avancée quoi qu’il en soit. Un pas de plus dans la connaissance de ce que j’aime et de ce que je suis.)
Mon syndrome de Cendrillon terminé, je prends la route, heureuse.
Aujourd’hui je me suis réveillée avec l’envie d’écouter l’album de maman et papa.
Ça ne m’était pas arrivé depuis des mois ! J’ai su plus tard dans la journée qu’il y a un an, je revenais de l’hôpital où je m’étais entretenue avec le médecin concernant les causes du décès. J’ai eu besoin, en rentrant, d’écouter l’album à fond et de partager mon discours des obsèques sur mes réseaux. Un an pile aujourd’hui. Il paraît que notre être a une mémoire… Si c’est le cas ce n’est donc pas étonnant cette envie de l’écouter ce matin !
Alors c’est Maman qui m’accompagne depuis le réveil et ce jusqu’à nice.
Je me gare, il vient me chercher. Mon dieu que c’est bon de voir mon cœur et mon corps apprécier le moment où il apparaît devant moi ! Sa démarche, son attitude, ce qu’il dégage me plaisent ! Je tombe dans ses bras. Il me picore de bisous !
Cette tendresse, cette bonté, putain ! C’est si bon ! On décide de sortir déjeuner en ville. Je suis contente parce que j’ai très faim mais aussi parce que j’aime qu’on préfère faire monter les choses entre nous. Ça aurait été un non-sens de se sauter dessus à peine abrités ! Nous nous baladons des heures et annulons même le fait de rentrer après manger pour travailler ensemble sur son CV qu’il voulait faire. Au lieu de cela, nous continuons notre déambulation et honorons un rendez-vous de 18h chez le coiffeur.
Je suis fatiguée, je pose ma tête contre son torse dans le tram. Certaines stimulations me font m’en décrocher mais il ne cesse de me prier de revenir contre lui, m’accueillant avec douceur. Comment puis-je me sentir en sécurité, en confiance et avoir envie de me laisser aller dans les bras d’un homme que je ne connais pas et qui pourtant m’inspire tant ?
Est-ce normal que j’ai l’impression de ne pas avoir ressenti ça depuis Morgan ? Depuis 7 ans… Avais-je ressenti ça avec Isaac ? Il faudrait que je relise mes carnets. Mais je crois que sa façon d’être était un peu plus sur la retenue et ne m’a pas provoqué les mêmes effets.
Ce soir, c’est le dernier soir du carnaval. J’aimerais bien aller y faire des photos mais cette journée a eu raison de moi. Je me sens vidée de toute mon énergie !
La ville, le monde, les stimulations et même le fait d’échanger de l’énergie entre nous m’a épuisée. J’ai besoin de me recharger.
On rentre, je prends une douche et je le rejoins sur le lit mais je suis amorphe ! Il me prend dans les bras et pose ses lèvres sur mon visage, me picore encore de douceur ! Je communique auprès de lui mon état, je lui dis que je le rejoins très vite, mais que là, je fais le plein. Sa compréhension, sa bienveillance, sa réelle bonté, me touchent vraiment au plus haut point.
C’est donc possible ? Toutes ces belles âmes, ces garçons bons que je découvre…
Encore un ? Et pas des moindres !
Je ne sais plus comment on y vient, mais je suis requinquée et je profite maintenant pleinement de nos baisers. Qu’est-ce que j’aime ça : la sensualité de nos lèvres entrouvertes par lesquelles passent nos souffles, nos langues qui dansent, se cherchent, s’apprivoisent…
Nous sommes habillés et pourtant nos peaux frémissent à l’idée du contact de l’autre.
On a continué à s’embrasser langoureusement, à se frotter et à faire monter nos désirs et nos énergies.
La lumière est tamisée. On chuchote, on soupire… et je lui demande s’il se rend compte que le moment que nous passons est voué à disparaître à jamais ?!
Il ne me reste que ces écrits, que cet audio. Mais le fait de se toucher, de s’approcher, de se sentir et d’en jouir sans même savoir ce que la fusion réelle de nos corps nous provoquera… ça, ça n’existera qu’une fois ! C’est maintenant et ça va disparaître pendant qu’on le vit. Se consumant pendant qu’on en profite !
Je n’ai jamais autant gémis avec «si peu ».
«Si peu » voulant dire encore habillé, stimulée «seulement » de nos souffles.
«Seulement », «si peu» et pourtant c’est tellement ! Tellement précieux, tellement puissant !
